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Addiction : psychose

Addiction : psychose

Philosophiquement, il est très difficile de déterminer ce qui est infondé ou faux. Dans la pratique clinique, il m’arrive de me retrouver, debout ou assis, face à face avec quelqu’un qui perçoit le monde autrement que moi. Automatiquement, je prends moi-même pour mesure de la vérité. En tant qu’aidant, je ne peux alors faire autrement que de mettre ma propre personnalité dans la balance. Pour cela, il faut soi-même être un tant soit peu solide psychiquement.

Le psychotique éprouve les choses autrement que la plupart d’entre nous. Les coïncidences acquièrent une signification nouvelle et énigmatique. Partout apparaissent des « signes » d’une mission ou d’une vocation provenant d’une puissance mystérieuse. Cela s’accompagne parfois d’hallucinations, au cours desquelles une ou plusieurs voix s’adressent à toi.

La personne elle-même a l’impression que cela vient de l’extérieur et y perçoit une certaine cohérence, un système délirant qui, intérieurement, est parfaitement logique, mais qui ne peut être concilié avec « nos » conceptions ou notre logique. Si la personne concernée n’est pas disposée à confronter son point de vue au monde que nous connaissons, tu as affaire à quelqu’un qui délire.

Avec toutes les réserves qui s’imposent, au cas où ce serait moi qui serais en train de délirer. C’est encore autre chose que d’halluciner. Ce n’est pas un très joli mot. Les hallucinations sont des impressions apparemment sensorielles. C’est quelque chose que tu entends ou que tu vois, ou que tu crois entendre ou voir. Ou sentir. Quelque chose qui n’est pas là, mais comment sais-tu qu’il n’y a rien ?

Les hallucinations faisaient partie des symptômes obligatoires de la psychose dans l’ancienne conception, fortement influencée par la psychanalyse. À strictement parler, l’hallucination est autre chose qu’un délire. Quelqu’un qui pense être Napoléon est dans le délire. Quelqu’un qui affirme sérieusement avoir entendu ou rencontré Napoléon hallucine.

La question essentielle est évidemment : comment gérer cela ? Je ne vais pas en discuter avec lui ou elle, car cela ne mènerait à rien. Quelqu’un qui délire ne peut être convaincu de la réalité des faits par des arguments rationnels. Le patient peut penser qu’il est Napoléon, mais moi, en tant que médecin généraliste, je peux considérer que ce n’est pas le cas. J’appelle son idée un délire, mais ma propre idée constitue la vérité objective, simplement parce que je suis l’aidant.

En tant que médecin généraliste, tu ne peux parler avec le psychotique que si tu entres, dans une certaine mesure, dans son délire. C’est la condition d’un véritable dialogue, mais tu dois aussi garder les pieds sur terre.


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