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La stratégie de sortie : liberté versus solidarité

La stratégie de sortie : liberté versus solidarité

La stratégie de sortie : liberté versus solidarité

Au cours des prochaines semaines, nous compléterons ce blog par une série d’entretiens que la journaliste Karolien Selhorst a réalisés avec Peter van Breusegem. Chaque épisode abordera un thème d’actualité. Voici aujourd’hui le deuxième de la série.

Peter, que penses-tu de la mesure annoncée la semaine dernière selon laquelle nous ne pouvons rencontrer que quatre personnes ?

« Personnellement, je trouve extrêmement difficile de choisir quelles personnes je veux et peux voir. On peut certes un peu “jouer” avec cela, mais pas indéfiniment. L’objectif est de couper toutes les autoroutes que le virus peut emprunter pour se propager ; nous devons donc nous enfermer dans des bulles. Pour ma part, je trouve que c’est une stratégie utile. Pour les personnes à risque, il est particulièrement important qu’elles respectent la règle. Je retiens donc mon souffle lorsque j’entends Bart De Wever dire que l’économie doit redémarrer le plus rapidement possible et que seules les personnes malades devraient être mises en quarantaine. »

Cela ne se fait-il donc pas au détriment de l’économie ?

« Pour beaucoup, c’est difficile lorsqu’ils perdent une partie de leurs revenus. Les mesures contre le coronavirus nous touchent tous, mais elles servent un objectif supérieur. À savoir protéger les plus faibles de notre société. Nous ne devons en effet pas oublier que, sur certains plans, nous sommes déjà intervenus trop tard. Par exemple dans les maisons de repos et de soins. À certains endroits, des personnes sont mortes et cela aurait pu être évité. Pendant les premières semaines, toute l’attention s’est portée sur les hôpitaux, et les maisons de repos et de soins ont ainsi été oubliées. »

Crains-tu que certains aient du mal à interpréter correctement les mesures ?

« Il y a effectivement énormément de malentendus à ce sujet. Beaucoup de gens — dont mon partenaire — ont du mal à comprendre les règles. Par ailleurs, je constate que d’autres remettent les règles en question et disent : “Les personnes qui sont mortes du coronavirus étaient déjà malades et seraient de toute façon mortes dans les six mois ou dans un an.” La question est alors, bien sûr : allez-vous vous battre pour chaque vie, ou allez-vous déterminer quelles vies méritent d’être protégées ? C’est un choix éthique fondamental. Nous devons donc également nous demander, au niveau de la société : comment notre société va-t-elle gérer cela et quelle sera la décision ? Allons-nous accepter de sacrifier un certain nombre de victimes, ou allons-nous chercher à sauver autant de vies que possible, quitte à devoir renoncer à une part de notre liberté ? C’est le grand dilemme auquel nous sommes confrontés. »

Chacun doit donc prendre ses responsabilités et renoncer à une part de sa liberté ?

« Oui, et ce n’est pas toujours facile. Pourtant, la plupart des gens se sont merveilleusement bien adaptés aux mesures au cours des derniers mois. Mais nous voyons maintenant apparaître des protestations et l’esprit de communauté est menacé. Pour beaucoup de gens, c’en est assez. Nous devons donc voir si nous pouvons encore préserver ce consensus. Mais si une deuxième vague du virus survient, nous pouvons complètement oublier cette idée. »

Penses-tu qu’une deuxième vague puisse survenir ?

« C’est certainement possible. Je prédis que le virus restera présent au sein de la population et qu’il y aura de temps à autre des flambées locales : une fois à Ostende, une fois à Anvers, etc., et qu’il nous faudra alors, avec tous les moyens dont nous disposons, tester et isoler. Nous devrons donc encore longtemps éteindre des incendies. C’est ce que je pense. Il faut donc bien comprendre que ce virus ne disparaîtra pas comme ça. Nous n’avons peut-être plus à craindre immédiatement l’effondrement du système de santé, mais le virus peut refaire surface à tout moment dès que nous autoriserons des événements de masse. Ainsi, la mortalité à Bergame, en Italie, est due à un match de football qui avait auparavant été joué à Milan. Un certain nombre de personnes de Bergame avaient en effet assisté au match à Milan, y avaient été contaminées, étaient rentrées chez elles et avaient contaminé massivement les autres habitants de leur ville. À un moment donné, il y avait pas moins de 80 morts par jour à Bergame. Cela illustre à quel point nous avons du mal à nous représenter le caractère exponentiel de la propagation d’un virus dans un environnement où se trouvent beaucoup de personnes. »

Conclusion : nous devons donc rester prudents.

« Oui, jusqu’à ce qu’il existe un vaccin. Il y en aura probablement un d’ici un an. Mais nous en sommes encore très loin. Il faut donc bien peser pour soi-même : qu’est-ce qui est le mieux pour moi individuellement et qu’est-ce qui est le mieux pour la société ? C’est là que réside la grande tension. »

Interview réalisée et écrite par Karolien Selhorst.


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