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1985 – Une période riche d’enseignements, pleine d’incertitudes

1985 – Une période riche d’enseignements, pleine d’incertitudes

4)L’épidémie du sida : une période riche d’enseignements, pleine d’incertitudes

Temps de lecture : 3 minutes.

Les premières années de l’épidémie du sida ont en réalité été très instructives pour moi, même si, à l’époque, cela ressemblait davantage à du chaos. Je venais tout juste de faire mon coming out, et de nombreux doutes et défis se présentaient à moi. D’un côté, j’étais confronté à des incertitudes personnelles, parce que je débutais tout juste dans mon propre cabinet de médecine générale et que je me demandais si tout allait bien se passer. De l’autre, j’allais bientôt recevoir dans ce cabinet mes premiers patients atteints du sida — de jeunes personnes souffrant d’une maladie potentiellement mortelle. La seule chose que je pouvais faire, même si je devais encore le découvrir, consistait à fournir des informations correctes sur le diagnostic et une oreille attentive. Établir une relation de confiance avec les patients atteints du sida est devenu central, une compétence qui, soit dit en passant, avait toujours été traitée comme le parent pauvre durant ma formation. Ce fut une leçon qui m’a aidé tout au long du reste de ma carrière dans bien d’autres domaines.

Des incertitudes qui se révélèrent inutiles

J’ai ouvert notre cabinet à Uccle avec un autre médecin généraliste, qui était lui aussi homosexuel. C’était au début des années quatre-vingt, et nous craignions tous deux que les gens nous jugent, voire nous évitent à cause de notre orientation sexuelle. L’épidémie du sida est apparue alors que nous vivions en réalité l’apogée de l’émancipation homosexuelle jusque-là. Le stigmate d’une maladie mortelle propagée par une sexualité dite « débridée » menaçait de tout compromettre. J’étais inquiet à l’époque, je ne vais pas le nier… mais finalement toutes ces incertitudes se sont révélées inutiles : j’ai décidé de me mettre au travail et de voir comment les choses évoluaient. Pour être honnête, il n’y a jamais eu de remarques. À Bruxelles régnait une atmosphère où chacun devait simplement vivre comme il l’entendait. La Flandre n’en était pas encore là. Faire comme si de rien n’était, être simplement moi-même sans mettre mon orientation en avant. Et lorsque les gens me posaient des questions, j’y répondais — en toute ouverture — avec honnêteté. Et cela semblait avoir un effet positif : chez beaucoup de patients, cela créait un sentiment de confiance. La confiance doit venir des deux côtés.

L’importance de la confiance mutuelle entre médecin et patient

En tant que médecin généraliste, on construit une relation personnelle avec son patient. L’aspect psychologique d’une consultation ne peut être sous-estimé. Lorsque j’ai reçu mes premiers patients atteints du sida, j’ai rapidement remarqué que ces personnes ne luttaient pas seulement contre les aspects médicaux de la maladie, mais aussi contre des sentiments de honte ou de culpabilité, avec leur orientation sexuelle, des tensions familiales… J’ai vu par exemple des personnes contaminées par le virus du VIH qui, par peur, ne cherchaient de l’aide que très tardivement, perdant ainsi de précieuses chances de ralentir la maladie. Certains patients étaient exclus de leur famille à cause des idées fausses entourant cette maladie dont, en Flandre, on n’osait pas vraiment parler ouvertement. J’écoutais tous ces récits et j’essayais de soutenir les personnes autant que possible, même si, à ce moment-là, je ne pouvais leur prescrire aucune pilule capable de soulager leurs problèmes ou de les guérir.

Un dilemme éthique avec le premier patient

L’un de mes premiers patients, Hubert*, m’a immédiatement confronté à un dilemme éthique : c’était un homme qui avait contracté le sida au Congo, mais qui ne voulait pas que son épouse en soit informée. Cela m’a placé, en tant que médecin généraliste, dans une position extrêmement difficile, car j’étais lié par le secret médical tout en ressentant également la responsabilité de protéger cette femme. Je me débattais avec la question de savoir si je devais le lui dire et je ne savais pas moi-même où se situait la limite entre le secret professionnel et la responsabilité. La complexité de l’éthique médicale et l’équilibre entre le respect du patient et le souci des autres conduisent à des dilemmes moraux pour lesquels il n’existe pas de solution simple.

En savoir plus ?

Lire l’histoire d’Hubert* ? Dans ce blog, Peter raconte son histoire.

Source photo : https://www.tijdvoor80.be/aids/ (consulté le 15/03/202


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