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1979 – l’impact du VIH sur l’émancipation homosexuelle

1979 – l’impact du VIH sur l’émancipation homosexuelle

L’impact du VIH sur l’émancipation homosexuelle

Temps de lecture : ± 5 minutes

L’émancipation homosexuelle connut son apogée dans les années soixante-dix, lorsqu’une « sous-culture homosexuelle » apparut dans les grandes villes (anglo-saxonnes). En Flandre, ce mouvement ne prit son essor que plus tard. Le virus du VIH provoqua cependant un bref mais brutal retournement de situation. La « maladie des homosexuels » – comme on appelait initialement le sida dans le langage courant – suscita quantité de malentendus et de préjugés, mais entraîna heureusement aussi une vague de solidarité et d’action.

La construction identitaire au sein d’une sous-culture en plein essor

Dans les années soixante-dix, une nouvelle époque d’ouverture, d’identité et de liberté sexuelle, ainsi que d’émancipation homosexuelle, s’installa au niveau international dans le sillage de l’année magique que fut 1968. De ce bouleversement naquit une sous-culture homosexuelle croissante qui donna à de nombreuses personnes la force d’assumer leur véritable identité. Pour moi, ce tournant eut lieu en 1976, lorsque, partiellement encouragé par le mouvement qui commençait à émerger, je trouvai enfin le courage de faire mon coming out.

Peur et incertitude face à la progression du virus

Le succès de cette transformation sociale connut cependant rapidement un retour de bâton : moins de cinq ans après mon coming out, un mystérieux virus eut un impact cruel, accompagné de théories du complot, de préjugés et de tensions sociales. Notre espoir d’une société moins homophobe fut brutalement perturbé par l’apparition du VIH, qui se propageait principalement au sein de la communauté homosexuelle, ainsi que par la maladie mortelle qu’il provoquait. Les conceptions conservatrices concernant le sexe, les relations et la sexualité renaquirent de leurs cendres. Au départ, on ne disposait même pas d’un tableau clinique clairement défini, encore moins d’un traitement. Cela alimenta forcément toutes sortes de théories étranges et de malentendus.

Une prolifération de préjugés…

En Flandre conservatrice notamment, les représentations caricaturales des homosexuels étaient encore très répandues à cette époque. Dans les médias, on ne voyait que des images sensationnalistes et des récits croustillants mettant en scène des hommes efféminés, parfois vulgaires. Ici et là, certains allaient même jusqu’à penser que l’homosexualité était synonyme de pédophilie. Il est évidemment extrêmement douloureux de voir ou d’entendre de telles choses. L’idée que la grande majorité des homosexuels étaient eux aussi simplement des gens ordinaires semblait tout bonnement ne pas exister dans l’esprit de la population. Lorsque le VIH commença à se propager rapidement, certains conservateurs allèrent même jusqu’à réclamer que l’homosexualité soit à nouveau interdite ou qu’elle fasse l’objet d’un traitement, comme si l’orientation sexuelle constituait réellement une maladie. Le sida fut instrumentalisé comme une arme par les homophobes pour recommencer à accuser les homosexuels. Considérés comme des « marginaux » contaminés par le sida, ceux-ci étaient placés dans des salles d’attente séparées, à côté des toxicomanes et de la population africaine, les trois groupes alors particulièrement touchés par le sida. L’intégration des homosexuels risquait ainsi de subir un sérieux recul.

… Mais aussi beaucoup de solidarité

Fait remarquable, dès le début de l’épidémie de sida, une vague de solidarité apparut également, dans la communauté scientifique comme dans l’ensemble de la société. J’ai vu beaucoup de personnes vouloir unir leurs forces pour combattre ce climat de malheur. Il existait dans une certaine mesure une sorte de sentiment collectif, le sentiment que les victimes du nouveau virus ne pouvaient ni ne devaient être abandonnées à leur sort. Cela a en réalité contribué à ce que nous parvenions assez rapidement à maîtriser la maladie et sa prévention, et certainement aussi à sensibiliser la population. À la fin de la décennie (au début des années quatre-vingt-dix), l’épidémie était en grande partie sous contrôle en Occident. Dans les pays pauvres, le combat était malheureusement loin d’être terminé.

Tout est bien qui finit bien ?

Je me souviens que nous avions alors peur d’un retour de bâton. Le VIH apportait une incertitude supplémentaire au sein de la communauté homosexuelle. Lorsque je regarde cette période aujourd’hui, je trouve réconfortant de constater combien de personnes bienveillantes et prêtes à aider étaient là, toutes désireuses d’entreprendre quelque chose ensemble. La communauté homosexuelle était forte et bénéficiait d’un soutien. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas vu de souffrance. Durant cette période, j’ai encore eu de nombreuses conversations difficiles et vécu des moments éprouvants. J’en parlerai davantage dans un prochain article.

À lire aussi ?

Lisez ici mon article consacré au film Cruising.

Lien vers l’article de VRT NWS – Comment le sida est passé d’une maladie mortelle à une maladie chronique. Consulté le 29/08/2024.

Photo : photo prise lors d’une manifestation à Amsterdam le 30 juin 1979. Source : EenVandaag – Avrotros. Consulté le 29/08/2024.


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