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Interview de l’expert en Addiction Paul Van Deun : première partie

Interview de l’expert en Addiction Paul Van Deun : première partie

Paul Van Deun est psychologue ambulatoire et spécialiste de l’Addiction. Nous avons eu un entretien avec lui.

Vous avez également été directeur de « De Spiegel ». Quelles expériences en avez-vous retirées ?

« Après avoir terminé mes études et effectué mon service civil, j’ai posé ma candidature en 1980 auprès de l’Alliance nationale des Mutualités chrétiennes et de l’Union nationale des Mutualités socialistes, qui souhaitaient créer conjointement un centre de traitement pour les personnes dépendantes aux drogues illégales. J’ai dirigé ce centre jusqu’en 2013. J’ai ensuite quitté ce poste pour devenir thérapeute ambulatoire au sein de la même organisation. Vers la fin de ma carrière, je voulais en effet me consacrer davantage à la problématique de l’Addiction en tant que telle et me préparer à continuer à travailler comme thérapeute ambulatoire après mes 65 ans. Par ailleurs, j’ai été actif au sein de l’organisation faîtière de ce type d’organisations, la VAD, dont je suis toujours président aujourd’hui. »

Vous traitez exclusivement des consommateurs de substances. Que pouvez-vous leur apporter ?

« J’écoute surtout ce que vivent les patients, avec les connaissances nécessaires pour le comprendre. L’Addiction est quelque chose que les gens ne comprennent pas eux-mêmes, ou qu’ils ont du mal à comprendre. Ils se demandent par exemple : comment se fait-il que je me sois remis à boire alors que j’avais promis de ne plus le faire ? J’ai quand même repris la voiture et je suis parti ivre sur la route. Les gens ne comprennent pas leur propre comportement. De plus, ils subissent constamment des reproches de leur entourage. Les consommateurs de substances sont souvent des personnes difficiles à vivre au quotidien et sont donc fréquemment mis à l’écart. Et puis ils rencontrent quelqu’un comme moi qui comprend ce qu’ils vivent et qui est capable de mettre des mots sur leur expérience. Cela crée une première forme d’acceptation et constitue généralement aussi un soulagement pour eux, ce qui peut alors faire émerger une demande de changement. Je suis donc avant tout une oreille attentive. »

Votre objectif est-il de débarrasser complètement les personnes qui demandent de l’aide de leur consommation ? Ou quelqu’un peut-il aussi continuer à consommer de manière contrôlée ?

« Je ne peux certainement pas exiger que les gens arrêtent complètement. Je respecte avant tout le choix du client. Mais la plupart veulent arrêter. Ils veulent retrouver cette liberté de ne pas être dépendants et de ne plus être constamment contraints de consommer. Souvent, ils veulent aussi savoir ce qu’il en sera à long terme. Là-dessus, je ne peux malheureusement pas leur donner de réponse. Ils espèrent également devenir plus forts que le produit. Pouvoir, par exemple, recommencer à boire comme les autres, c’est-à-dire avec modération. Dans leur imaginaire, ils souhaitent donc reprendre le contrôle de leur consommation.

La mesure dans laquelle ils ont perdu ce contrôle, ainsi que la durée pendant laquelle cela s’est installé, détermineront s’ils pourront encore y parvenir ou non. Je traite cependant des personnes assez jeunes qui fument trop de cannabis ou qui finissent systématiquement dans le caniveau lorsqu’elles sortent faire la fête. Elles peuvent généralement encore reprendre le contrôle de leur consommation. Je leur apprends des techniques pour ne pas se laisser emporter aussi rapidement : alterner, par exemple, un verre de bière avec un verre d’eau, etc. Chez les personnes souffrant d’une Addiction de longue durée, l’arrêt complet est également difficile. Elles ont une vision très ambivalente de la consommation de substances. D’un côté, elles considèrent l’alcool comme un poison, mais de l’autre, elles se demandent si elles pourront supporter toute leur vie le manque d’alcool. Je constate néanmoins que les personnes qui finissent par sortir de leur Addiction sont satisfaites et ne veulent plus y retourner. »


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