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Addiction : yank

Addiction : yank

On trace une ligne au niveau de dix pour cent. Tous ceux qui se trouvent en dessous sont impitoyablement licenciés. C’est cela, le Yank. On pourrait traduire ce mot par « jeter dehors ». Vous êtes alors éliminé, purgé et rejeté. Du jour au lendemain, vous n’avez plus de travail, sur la base d’une évaluation que vous ne connaissiez pas et sur laquelle vous n’avez aucune prise.

C’est un raisonnement darwiniste. Survival of the fittest. En théorie, il rend le groupe qui reste plus fort par la sélection. C’est un raisonnement cynique qui ne laisse aucune place aux plus faibles de la société. Aujourd’hui, en tant qu’entreprise, vous devriez déjà bien réfléchir à cela. Qu’est-ce que cela fait à vos employés ? L’année suivante, un nouveau tour commence, si bien que ceux qui se trouvent constamment dans la moitié inférieure vivent sous une pression permanente.

Certains seront sans doute tentés de saboter subtilement leurs collègues afin de monter eux-mêmes dans le classement, ce qui, en fin de compte, ne contribue pas aux résultats collectifs. On peut se poser toutes sortes de questions à ce sujet : cette pratique est-elle réellement bénéfique à l’entreprise et, en définitive, aux actionnaires ?

Mais aussi : « Qu’est-ce que cela implique pour les personnes qui sont victimes d’une telle approche sauvage ? » Les conséquences sont souvent considérables. J’ai vu beaucoup de patients qui ne s’en remettaient pas, et certains qui ne s’en sont jamais remis. Que des personnes réagissent par une dépression à ce rejet, à cette exclusion, ne peut pas être considéré comme anormal, et ce n’est donc pas une maladie en soi, mais cela peut provoquer des symptômes pathologiques.

Dans notre contexte belge, le classement est étroitement lié à l’âge, ou plutôt à l’ancienneté du travailleur. Les employés, en particulier, deviennent plus coûteux au cours de leur carrière. Un calcul froid montre que les jeunes qui débutent leur carrière sont tout simplement moins chers.

Je vois constamment des travailleurs exclus en raison de leur âge, sous l’action de managers toxiques qui cherchent encore à faire grimper un peu les chiffres de rentabilité. Ce que l’on obtient alors, c’est une dépression exogène, ce qui signifie qu’il existe une cause extérieure identifiable, contrairement à d’autres formes de dépression qui viennent de l’intérieur.

Le manque d’énergie et l’épuisement physique, mental et émotionnel sont la conséquence d’une sollicitation excessive prolongée, de l’exploitation ou de l’humiliation, ou encore d’un licenciement injustifié. Il y a d’ailleurs souvent une période de harcèlement qui précède tout cela.


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