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Addiction : vulnérabilité

Addiction : vulnérabilité

Le groupe des personnes bipolaires compte davantage que la moyenne d’âmes sensibles et vulnérables. Les variations de l’humeur peuvent survenir de temps à autre, avec des périodes d’humeur normale entre les épisodes, mais elles peuvent aussi se succéder rapidement. Chez certains, c’est véritablement un grand huit émotionnel, avec des passages extrêmement rapides d’un extrême à l’autre.

Himmelhoch jauchzend zu Tode betrübt. (Johann Wolfgang von Goethe) Fou de joie jusqu’au ciel, accablé de tristesse jusqu’à la mort. Les variations rapides de l’humeur sont appelées « rapid cycling ». Le cycle rapide. C’est un problème en soi. On n’en vient jamais à bout et certains sont de véritables pierres roulantes qui dévalent la vie sans jamais laisser pousser la moindre mousse sur elles.

J’accueille tout le monde avec le même plaisir, mais il y a des demandeurs d’aide qui semblent ne trouver aucune stabilité pendant des années. C’est quelque peu frustrant. En tant qu’intervenants, nous aimerions toujours apaiser ceux qui viennent chercher notre aide, instaurer un peu de structure dans leur journée, afin qu’ils puissent construire quelque chose. Il y a derrière cela une morale bourgeoise implicite. Essayer de faire entrer leur histoire dans le cadre de la société.

Nous pouvons nous poser bien des questions à ce sujet : comment notre société de consommation totalitaire essaie de forcer chacun à entrer dans sa case. Ce sont les plus faibles et les plus vulnérables qui paient les pots cassés. Les parias d’aujourd’hui, les exclus de notre temps. Ceux qui se trouvent sur le côté gauche de la courbe de Gauss. Ceux qui ferment la marche du peloton.

« Vous ne briserez pas le roseau froissé », pour reprendre les paroles de l’Évangile. Nous sommes peut-être, en tant qu’intervenants, complices de l’inculcation de normes et de valeurs sociales qui ne sont pas toujours aussi bénéfiques qu’on pourrait le croire. Il faut faire avec les moyens dont on dispose et, souvent, le champ des choix est limité.

On constate aussi, lorsqu’on considère l’ensemble du spectre, que lorsqu’un patient bipolaire entre dans une phase dépressive, celle-ci peut devenir extrêmement profonde, plus grave que chez la plupart des personnes qui ne sont pas nées avec le gène de la bipolarité.

Le risque suicidaire est élevé si nous ne parvenons pas à trouver une réponse adéquate dans notre prise en charge. Malheureusement, les chiffres du suicide dans notre pays sont consternants, et cela tient à l’insuffisance de l’accueil et de la prise en charge. Avec tout le respect dû à ceux qui travaillent dans ce secteur et qui font ce qu’ils peuvent.


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