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Addiction : Sénat

Addiction : Sénat

À chaque fois, j’avais réussi à m’en sortir, mais cette fois-ci, j’étais particulièrement inquiet, parce qu’il s’agissait d’une initiative conjointe de l’Ordre et de la CPG visant à intimider les médecins qui prescrivaient de la méthadone. Je dois reconnaître que j’ai été horrifié lorsque j’ai lu la circulaire. Jamais auparavant il n’était arrivé qu’un médecin doive soumettre au préalable un traitement déterminé à une quelconque instance de l’État, en mentionnant l’identité du patient.

Il était exigé que tout traitement à la méthadone soit soumis au préalable aux autorités, avec le nom et l’identité complète du patient. Cela constituait une violation flagrante du secret médical et de la vie privée de la personne concernée. À l’époque, nous étions encore moins conscients des problèmes liés à la vie privée qu’aujourd’hui, mais c’était tout de même grotesque. La question qui se posait immédiatement était : « Qu’allaient-ils donc faire des données que je leur transmettais ? » et aussi : « Qui allait en juger et selon quels critères ? »

Il y avait encore un problème supplémentaire. À Bruxelles, deux Ordres et deux CPG étaient actifs et compétents. L’un pour les médecins francophones et l’autre pour les médecins néerlandophones. C’est assez compliqué, mais cela revenait à dire qu’en tant que médecin néerlandophone à Bruxelles, dans un environnement majoritairement francophone, je devais me conformer à une réglementation différente de celle de mes confrères des environs appartenant à la communauté française.

C’était à désespérer, une situation absurde à la belge. Quelques années plus tard, le 19 mars 2004, un arrêté royal est venu fixer les modalités du traitement de substitution à la méthadone, mais à l’époque il n’existait encore aucune réglementation claire dans ce domaine et chacun faisait un peu ce qu’il voulait. Bref, cela me rendait malade et j’ai donc cherché à voir si je ne pouvais pas mettre un terme à tout cela.

Je pouvais en effet imaginer que l’administration m’obligerait à arrêter de fournir de la méthadone ou qu’elle m’en empêcherait. Entre-temps, j’avais un grand nombre de patients sous méthadone qui étaient devenus dépendants de leur traitement, car cela reste une addiction, même sous couvert médical. Mais c’est précisément ce qui fait désormais toute la différence pour leur santé. Cela ne pouvait pas être vrai. Je ne voyais pas d’autre issue que d’interpeller le monde politique à ce sujet.

J’étais alors membre de la Volksunie, certes de l’aile gauche, un parti qui n’existe plus aujourd’hui et dont sont issus d’autres partis nationalistes.


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