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Addiction : se désintoxiquer

Addiction : se désintoxiquer

Sur le plan physiologique, pour les cellules cérébrales et le foie, il est généralement préférable de procéder au sevrage progressivement. Sur le plan comportemental, cette stratégie est cependant parfois très difficile à tenir pour la personne concernée. Celle-ci a déjà tout essayé entre-temps avant d’arriver jusqu’à nous, dans les services d’aide. On peut comparer cela à ce qui se passe dans le cas d’une addiction alimentaire.

On jure toujours que l’on va réduire sa consommation, mais on finit par céder et par succomber chaque fois sous l’influence d’un cycle d’angoisse et de culpabilité. Arrêter progressivement revient souvent à se mettre à suivre un régime strict : un idéal magnifique, mais inaccessible, que l’on repousse chaque fois un peu plus loin. L’addiction se poursuit tout simplement, avec ses hauts et ses bas. On se retrouve alors dans un scénario de fiasco.

On trébuche d’un échec à l’autre et on finit par se décourager. Il faut alors regarder profondément dans son âme pour voir s’il ne subsiste pas quelque part quelque chose qui aspire encore à la liberté et à l’autonomie spirituelles. Se libérer de la consommation et s’affranchir de son addiction. S’il existe quelque part une petite graine de motivation, un embryon de volonté de parler, on peut en tirer une dynamique permettant tout de même de remettre certaines choses en question.

Se désintoxiquer d’une addiction à l’alcool ou aux benzodiazépines constitue également un défi technique. Dans les cas très graves, il faut même redouter l’épilepsie, en plus d’une longue série d’autres complications. De plus, nous découvrons souvent des maladies sous-jacentes qui étaient restées sous le radar parce que toute l’attention était concentrée sur la consommation et qui se manifestent maintenant.

En tant que médecin généraliste, nous devons alors commencer par examiner ce qui se présente à nous comme le plus urgent et essayer de régler les problèmes l’un après l’autre. Il faut battre le fer de la motivation tant qu’il est chaud, et cela se produit souvent dans les moments de crise. Soudain, la possibilité apparaît d’en parler et de voir s’il n’est pas possible d’y faire quelque chose.

Cela vaut pour de nombreuses addictions. Il arrive un moment fécond, un moment fécond, pour parler comme Lacan, qu’il faut saisir, et qui fonctionne comme une corde lancée à un homme en train de se noyer. Lorsque cet instant se présente, il faut surtout s’en emparer et en tirer parti. Si on le laisse passer, l’occasion risque de ne plus jamais se représenter.

En tant que professionnels de l’aide, nous devons encourager chaque tentative pour sortir du marécage de l’addiction, la soutenir et essayer de la rendre crédible.


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