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Addiction : réseaux

Addiction : réseaux

Je ne pense pas qu’il y ait encore beaucoup de bus de méthadone qui sillonnent les routes aujourd’hui. Ce n’est pas que la politique était laxiste, bien au contraire. Pour le dire à la néerlandaise : tout dans les règles. À l’époque, nous considérions cela comme un modèle exemplaire, moi du moins. Des voix s’élevaient également pour crier au meurtre et au scandale. Le président français Jacques Chirac (1932 –2019) alla même jusqu’à qualifier les Pays-Bas de narco-État.

Dans la seconde moitié des années nonante, le traitement d’entretien à la méthadone devint également accessible en Belgique à la médecine générale, et donc aux usagers. En ce qui me concerne, c’est alors tout un monde qui s’est ouvert. Là où, auparavant, les personnes dépendantes à l’héroïne constituaient un public difficile auquel on ne savait pas quoi répondre, nous disposions désormais d’un outil qui ouvrait la porte à de nouvelles formes de prise en charge.

De plus en plus de médecins généralistes et de pharmaciens se mirent à fournir des traitements de substitution, et cela fit une grande différence pour les usagers. À Bruxelles, et d’ailleurs dans toute la Belgique, contrairement aux Pays-Bas, les pouvoirs publics étaient plutôt inertes et ne prenaient aucune initiative. L’accueil et le traitement des usagers d’héroïne se faisaient largement en première ligne, du moins à Bruxelles et en Wallonie, tandis qu’en Flandre régnait un climat plus répressif.

Des réseaux informels se sont constitués. Un certain nombre de médecins et de pharmaciens cherchèrent à se former à l’accueil et à la prise en charge des usagers. En tant que médecin généraliste, j’ai accueilli et reçu en consultation, en première ligne, un grand nombre d’usagers d’héroïne. Cela s’est révélé être l’une des expériences les plus passionnantes de ma vie. Je dois reconnaître que j’ai beaucoup appris d’eux et que j’ai dû revoir certaines des positions que j’avais adoptées.

En tant que médecin généraliste, je suis indépendant dans le cadre d’une profession libérale et j’exerce dans mon propre cabinet, situé en plein centre de Bruxelles. Entourés d’une vingtaine d’hôpitaux dans les environs immédiats et d’innombrables polycliniques, nous sommes néanmoins, en tant que première ligne, indispensables à la population du quartier. Nous sommes proches, accessibles et peu coûteux, puisque la mutuelle prend en charge la majeure partie des honoraires de consultation et que presque tout le monde est assuré ou peut l’être.

Nous avons la chance de disposer dans notre pays d’une assurance maladie solide. Le public qui fait appel à nous est très varié : toutes les couleurs de peau, toutes les langues et toutes les nationalités. La plupart doivent vivre avec de faibles revenus, même si nous voyons également des eurocrates et d’autres personnes occupant des emplois bien rémunérés. Tout le monde est le bienvenu et chacun est considéré comme l’égal des autres.

Image : Rob Croes / Anefo, CC0, via Wikimedia Commons


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