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Addiction : prescription

Addiction : prescription

En tant que médecins généralistes, nous prescrivons des produits puissants qui interviennent profondément sur le fonctionnement psychique du patient. C’est une grande responsabilité. Théoriquement, nous pourrions même aggraver la situation en ajoutant de nouveaux produits au traitement. C’est d’ailleurs un reproche régulièrement adressé au corps médical.

Ce sont toutes des questions pertinentes. Le dilemme ne peut être résolu qu’en faisant ce que je préconise toujours : si la prescription permet à la personne de mieux remplir son rôle social, de prendre ses propres décisions et d’accroître son autonomie personnelle, alors vous avez fait quelque chose de bien et vous avez moralement l’obligation de poursuivre dans cette voie.

Techniquement parlant, vous avez certes créé une dépendance, car il est fort probable que le comportement perturbateur ou l’angoisse insupportable réapparaissent si le traitement est interrompu. Il faut évidemment mettre cela en balance avec les éventuels inconvénients et risques des médicaments choisis, car tout produit peut avoir un ou plusieurs effets secondaires.

La prescription pharmaceutique n’est pas quelque chose que l’on doit prendre à la légère. Il nous faut parfois recourir à des médicaments qui ne sont pas dépourvus d’inconvénients. Nous sommes souvent contraints de faire appel à des substances chimiques complexes, sous forme de médicaments, dans l’espoir de redresser, provisoirement ou à terme, une situation qui a pris une mauvaise direction.

De nombreux malentendus circulent au sujet des médicaments psychiatriques et l’on met souvent tout dans le même sac, en traitant tous les produits de la même manière. Il y a pourtant une chose que je dois préciser ici : ce n’est pas une honte de prendre des comprimés pour une maladie mentale. Certaines personnes prennent des médicaments contre l’épilepsie et d’autres contre le diabète. Si cela favorise votre propre autonomie, alors vous le faites, et le médecin prescrit également ces médicaments.

Au cours de ma carrière de près de quarante ans, j’ai néanmoins constaté de grands progrès dans l’efficacité des médicaments psychiatriques, avec de bien meilleurs résultats et moins d’effets secondaires qu’il y a encore, disons, vingt ans. Ces médicaments sont souvent indispensables dans un grand nombre de situations cliniques. Ce serait bien moins nécessaire si nous pouvions offrir à chacun un psychologue à temps plein. Mais ce n’est tout simplement pas possible.

Nous pouvons le déplorer, mais dans le monde réel, une bonne psychothérapie est tout simplement rare et coûteuse, ce qui ne nous empêche pas de continuer à la rechercher avec acharnement.


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