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Addiction : plaisir

Addiction : plaisir

Pour reprendre les paroles de Jeremy Bentham (1748 – 1832) : « La nature a placé l’humanité sous la domination de deux maîtres souverains : la souffrance et le plaisir. Eux seuls indiquent ce que nous devons faire et déterminent ce que nous allons réellement faire. Tant le critère du juste et de l’injuste que la chaîne des causes et des effets sont attachés à leur trône. Ils nous gouvernent dans tout ce que nous faisons, disons ou pensons. Tout effort que nous faisons servira à le démontrer et à le confirmer. »
Lorsqu’il n’y a plus aucun plaisir, la comparaison ne tient plus. L’anhédonie peut parfois exister presque à l’état isolé, et l’on pourrait alors parler d’anhédonie primaire, ce qui signifie qu’on ne trouve aucune cause que l’on puisse supprimer. C’est, à ma connaissance, la forme sur laquelle nous avons peu de prise. Je n’ai encore vu personne réussir à la surmonter.
Nous pouvons en quelque sorte faire des grimaces, sauter à travers toutes sortes de cerceaux et faire intervenir les Cliniclowns, cela aura généralement peu d’effet. Même si nous pouvons avoir de la chance et trouver malgré tout le ton juste, ou prononcer un mot qui désamorce la situation. Nous ne renonçons jamais à l’espoir.
L’anhédonie peut également être secondaire. Nous entendons par là un symptôme qui s’inscrit dans un tableau que nous connaissons, comme c’est très souvent le cas dans la dépression, ou comme élément des symptômes dits négatifs de la schizophrénie. Elle peut être une phase passagère lors d’un deuil profond, ou dans le syndrome du survivant, même si, après des événements particulièrement traumatisants, il peut s’écouler très longtemps avant que le plaisir ne revienne.
Il est essentiel de comprendre que, chez ces personnes, le plaisir peut susciter un sentiment de culpabilité envers ceux qui ne sont plus là, comme si le fait de s’amuser n’était plus permis. Il est alors parfois bon que nous prononcions le mot qui libère, en tant que médecin généraliste ou professionnel de l’aide. C’est donc permis. Les victimes qui ne sont plus là ne nous demandent pas de nous priver. La seule chose qu’elles nous demandent, c’est de ne pas les oublier.
On pourrait en outre citer toutes sortes d’autres tableaux dans lesquels l’anhédonie peut jouer un rôle : les personnalités schizoïdes, les personnes souffrant de névroses d’angoisse, les Addictions et les troubles psychosomatiques, ainsi que les troubles de l’attention avec hyperactivité. Une anhédonie remarquable peut également apparaître pendant et après le sevrage de substances stimulantes.


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