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Addiction : Ordre

Addiction : Ordre

En cas de besoin, nous pouvions également faire appel à une supervision, au cours de laquelle un spécialiste apportait son éclairage sur les cas difficiles. Il y a des moments de découragement où l’on se dit qu’on n’en peut plus. Le pire, c’est lorsqu’une personne dont on s’occupait se suicide. Cela vous atteint profondément. Parfois, les choses tournent mal et nous devons aussi l’accepter, même à contrecœur.

J’ai rapidement appris que la prise en charge de l’usager de drogues ne devait désormais plus être axée uniquement sur l’arrêt de la consommation, mais bien davantage sur la limitation des dangers et des risques liés à celle-ci, dans une perspective de réduction des risques : Harm Reduction en anglais. Je me suis ensuite efforcé de faire également quelque chose, du côté néerlandophone de Bruxelles, pour améliorer les compétences des médecins.

À la demande du Cercle des médecins généralistes de Bruxelles, j’anime quatre soirées de formation continue par an, qui accordent également une place à la discussion et à l’étude de cas. La prise en charge des addictions en première ligne ne repose pas uniquement sur les connaissances techniques, mais aussi sur les relations émotionnelles avec des personnes qui souffrent.

Dans les circonstances que je viens de décrire, j’ai été contraint, à partir de 1994, de commencer à prescrire des MMT : methadone maintenance therapy. En néerlandais : traitement d’entretien à la méthadone. Il s’agit de prescrire pendant une longue période de la méthadone aux usagers d’héroïne, en quantité suffisante pour leur permettre de cesser leur consommation d’héroïne.

En soi, c’est un jeu d’enfant, car la méthadone et l’héroïne se fixent sur les mêmes récepteurs du cerveau et exercent donc une action équivalente. Comme la méthadone est en réalité plus puissante, elle peut supplanter l’héroïne. Cela présente un certain nombre d’avantages qui seront abordés à la fin de ce livre.

Au début, cette approche était encore assez controversée. Les autorités belges ne savaient pas très bien comment l’aborder. La délivrance de stupéfiants constituait dans ce pays une infraction au regard de la loi du 24 février 1921. Celle-ci fut modifiée en 2003. Depuis lors, elle établit une distinction entre le cannabis et les autres drogues illicites (cocaïne, héroïne, ecstasy, speed, …).

En 1994, nous ne pouvions encore rien en présager et nous étions confrontés à une législation totalement obsolète.


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