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Addiction : le marché de la plainte

Addiction : le marché de la plainte

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Il s’est bien sûr toujours vendu des remèdes contre les maux de tête et la mélancolie. Il y a toujours eu une humanité souffrante et, à chaque époque comme dans chaque pays, on s’est activement mis en quête de moyens pour remédier à ces maux. Les êtres qui souffrent sont souvent prêts à consentir de grands sacrifices pour réduire leur douleur. Un marché se crée donc automatiquement, qui va s’organiser autour de l’offre et de la demande, en tenant compte des obstacles que les pouvoirs publics mettent en place.

À l’ère industrielle, cela prend une nouvelle dimension, avec des entreprises qui font de la publicité et mettent leur produit sur le marché. S’il s’agit d’une substance addictive, le succès est alors garanti. Le producteur, ou du moins le vendeur, encourage alors l’addiction, pour la simple raison qu’il y a de l’argent à gagner. Nous avons vu un scénario similaire avec l’héroïne, qui fut autrefois un produit phare de Bayer.

Nous parlons ici de l’avant-dernier changement de siècle. La Belle Époque, avant la Première Guerre mondiale, où l’héroïne était en quelque sorte la drogue des riches, qui pouvaient se la permettre. C’était en réalité toujours le même procédé : en l’absence de réglementation, vendre un produit nouveau auquel les gens deviennent dépendants, afin d’en faire de bons clients, parce que fidèles. Ils ne peuvent en effet plus s’en détacher.

Plus tard, notamment dans les années vingt, la vente fut soumise à des restrictions, mais auparavant tout cela était parfaitement possible. Le Valium devint une affaire de plusieurs milliards. De 1969 à 1982, ce fut la pilule la plus prescrite aux États-Unis. Roche en a tiré une fortune. Entre-temps, le brevet est bien sûr arrivé à expiration et les prix ont baissé, ce qui procure moins de bénéfices à l’industrie, mais cela reste néanmoins une marque très connue.

Lorsque le prix est bas, on ne peut pas non plus parler d’un obstacle financier. Il s’agit alors d’un produit très accessible, à ceci près que, dans notre pays, tout cela reste soumis à l’obligation de prescription. En principe, un médecin doit le prescrire et un pharmacien le délivrer. C’est le circuit officiel et, dans ce cadre, le produit est en réalité dérisoirement bon marché.

Entre-temps, bien d’autres entreprises s’étaient lancées dans l’aventure, avec des molécules de substitution produisant des effets similaires, parfois légèrement différentes dans leurs détails, mais agissant toujours sur la même cible. L’une agit un peu moins longtemps, l’autre un peu plus longtemps, mais au fond, cela revient au même.


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