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Addiction : consensus

Addiction : consensus

Je me suis toujours défendu avec conviction, parce que je considérais que nous ne pouvions pas laisser les usagers à l’abandon et parce que, dans un grand nombre de cas, je constatais qu’ils se portaient très bien sous méthadone. Les exclure des soins médicaux n’aurait fait qu’ajouter un poids pénible à leur souffrance et aurait également exposé la société à de fâcheuses conséquences. Peu à peu, les esprits se sont apaisés.

Avec les autorités chargées du maintien de l’ordre, un modus vivendi semblait s’être instauré, même s’il n’était jamais exclu que la police et la justice interviennent malgré tout, si quelqu’un déposait plainte ou commettait un délit sous l’influence de substances. Cela créait un climat d’incertitude, qui faisait que nombre de confrères ne voulaient pas se lancer dans cette pratique.

La délivrance de méthadone est tolérée en Belgique depuis qu’en 1994 la Commission de consensus Santkin a rendu public un texte novateur. Son nom fait référence à Jacques Santkin (1948 – 2001), ministre PS de la Santé publique dans le gouvernement Dehaene I. Le texte était le résultat d’une conférence qui n’avait aucun pouvoir législatif, mais qui avait réuni un certain nombre de personnalités faisant autorité dans le domaine de la prise en charge des addictions et qui, dans notre contexte national, posèrent de concert la pierre angulaire du traitement par méthadone.

Ce fut un document déterminant pour son époque, qui m’a été fort utile en 2000 lorsque, alors que je pensais en avoir fini avec tout cela, je me retrouvai une fois de plus dans le collimateur de l’Ordre et de la PGC. Cette fois-ci, leurs forces étaient réunies, car ils s’étaient entendus pour que l’Ordre cesse de surveiller la délivrance de méthadone, ce qui fut un soulagement, mais la PGC allait désormais s’en charger.

Jusque-là, j’avais chaque fois réussi, au cours d’entretiens séparés et informels, à convaincre le Conseil ou la Commission que notre programme de méthadone était utile, nécessaire et scientifiquement fondé. Tout cela était derrière moi, pensais-je, jusqu’à ce qu’en 1999 arrive dans ma boîte aux lettres une circulaire de l’Ordre des médecins et de la Commission médicale provinciale, qui voulaient conjointement m’obliger, en tant que médecin, à déclarer préalablement chaque traitement d’entretien à la méthadone.

Désormais, chaque médecin devait signaler chaque patient sous méthadone à la Commission médicale provinciale de Bruxelles et du Brabant flamand, en indiquant l’identité et l’adresse de l’intéressé. Je dois avouer que je me suis hérissé les cheveux en lisant cette circulaire. Cela fait maintenant vingt ans que j’écris ces lignes. Aujourd’hui, je peux la relire avec le sourire, mais à l’époque, c’était véritablement une question de vie ou de mort.

Source photo : Archives du Sénat belge, dossier biographique de Jacques Santkin.


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