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Addiction : classification

Addiction : classification

Je vais bien devoir l’avouer. Je répartis l’humanité souffrante en trois grandes catégories : les idiots, les névrosés et les psychotiques. Pour la première catégorie, nous pouvons être assez brefs. Deux sortes sont importantes : les idiots heureux et les idiots nuisibles. Pour la première catégorie, cette appellation est irrespectueuse et quelque peu provocatrice, car il s’agit en réalité des personnes « normales » qui résolvent leurs propres problèmes sans se plaindre.

Ce n’est pas dit de manière dénigrante, mais les idiots sont tous ceux qui demandent de l’aide sans vraiment voir le lien entre le corps et l’âme, et qui, malgré cela, avancent généralement dans la vie sans être trop gênés. De nombreux troubles physiques sont en effet liés à une disposition psychique. Il est parfois très difficile de faire accepter cette idée, car tout le monde n’a pas accès à son monde intérieur. Chez beaucoup, il y a comme un verrou.

Les plaintes psychosomatiques sont très fréquentes dans la pratique du médecin généraliste. Nous parlons alors de troubles pour lesquels aucune atteinte organique ne peut être trouvée. Tout fonctionne comme il se doit et pourtant la personne souffre de symptômes apparemment insurmontables. En apparence, ces personnes en parfaite santé physique ne semblent pas avoir de vie intérieure, ou n’en parlent jamais. Elles ne manifestent d’ailleurs aucune demande de réflexion psychologique et sont peut-être heureuses dans leur univers quotidien.

Il ne faut surtout pas bouleverser ces braves gens avec toutes sortes de messages apostoliques dont certains professionnels de santé ont parfois le secret. Nous voulons faire baisser le cholestérol ou augmenter la satisfaction. Peu importe. Le professionnel de santé n’est ni un prophète ni un policier. Il ou elle doit surtout se mêler de ses affaires et ne pas porter de jugements.

Les idiots utiles s’adaptent sans se plaindre à notre société devenue folle. Je peux me permettre de les trouver idiots, puisqu’ils n’ont pas grand-chose à attendre de moi, et je ne peux guère faire davantage pour eux que résoudre de temps à autre un problème pratique. Cela peut se faire de manière chaleureuse et joviale, mais cela ne va pas en profondeur. Et c’est très bien ainsi. Parfois, il vaut mieux, s’il vous plaît, ne pas aller fouiller dans l’âme, car tout y est verrouillé.

Il existe encore des gens normaux, mais ils se plaignent peu et il y a donc peu à en dire. Chacun peut bien être un jour excité ou émotif, mais personne n’y voit une maladie. Je les laisse tranquilles et ne vais pas les assaillir de questions existentielles, dans l’espoir de pouvoir, moi aussi, être ou devenir un idiot heureux et utile. C’est probablement le plus haut degré que l’on puisse atteindre dans la vie. Heureusement qu’ils existent encore, car sinon je passerais mon temps à ne regarder que la souffrance sans issue.


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