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Addiction : carte géographique

Addiction : carte géographique

Kleist a créé, avec les moyens limités de son époque, une carte du cerveau sans équivalent, alors qu’il n’existait encore aucun scanner cérébral, et a ainsi représenté l’architecture de notre cerveau en termes de fonctions. Il fut l’élève de Wernicke, que nous avons déjà rencontré lorsque nous avons parlé de l’alcool. Un salut honorifique s’impose à ces pionniers de la science psychiatrique et de l’aide aux patients, que peu de gens connaissent, contrairement, par exemple, à Sigmund Freud, infiniment plus célèbre.

Le véritable progrès s’accomplit souvent dans l’ombre et c’est grâce aux pionniers du passé que nous sommes aujourd’hui en mesure d’offrir de meilleurs soins aux patients souffrant de troubles psychiques. Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants. Dans la pratique clinique, nous devons traduire les connaissances scientifiques dans la vie quotidienne de celui ou celle qui se trouve en face de nous.

Dans les pages qui nous restent, j’aimerais tout de même plaider en faveur du traitement d’entretien à la méthadone, autrement dit de la prescription prolongée de méthadone ou d’autres produits apparentés à la morphine, notamment aux personnes dépendantes à l’héroïne. Cela peut sembler étonnant, qu’il puisse être utile et nécessaire de délivrer sur prescription des substances aussi puissantes et particulièrement addictives, mais cette pratique est désormais bien établie.

L’introduction de cette politique thérapeutique ne s’est pas faite sans heurts. J’ai vu son évolution au cours de ma carrière. Souvenez-vous de Christiane F., la prostituée héroïnomane qui acquit une renommée mondiale comme l’une des enfants du Bahnhof Zoo à Berlin. Elle est devenue l’archétype de l’épidémie de dépendance à l’héroïne qui, à cette époque, frappa tous les pays civilisés, et probablement les autres également. Elle aussi a bénéficié d’un traitement prolongé à la méthadone.

Opioïdes et opiacés désignent la même chose. On peut y reconnaître le mot opium, l’un des médicaments les plus anciens et, en même temps, l’une des substances les plus addictives que l’on puisse imaginer. On peut en mesurer l’ampleur à travers la crise des opioïdes qui fait actuellement rage outre-Atlantique, une gigantesque épidémie d’Addiction qui touche en premier lieu les États-Unis.

Il ne s’agit ni d’un virus ni d’une bactérie, mais de puissants dérivés de la morphine, qui est essentiellement un extrait d’opium. Nous devons nous y arrêter un instant, parce qu’il s’agit d’un problème d’une ampleur gigantesque, qui gagne maintenant aussi l’Europe et qui est loin d’être résolu. L’épidémie d’opiacés est un exemple d’école instructif d’une mauvaise approche d’un problème d’Addiction socialement pertinent, qui prend des proportions incontrôlables.


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