Aller au contenu principal

Addiction : carrière

Addiction : carrière

Le Department of Health and Human Services du gouvernement américain estime qu’environ 11 millions d’Américains consomment chaque année de l’oxycodone comme drogue récréative, ce qui en fait l’opioïde faisant l’objet du plus grand abus. L’industrie a d’ailleurs été poursuivie en justice. Trois jours avant un grand procès prévu le 21 octobre 2019 à Cleveland, les entreprises mises en cause ont proposé un accord à hauteur de 50 milliards de dollars afin de mettre fin à l’ensemble des poursuites.

Le Canada est lui aussi confronté à la crise et on en entend également parler au Royaume-Uni. Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis. Chaque pays y fait face comme il peut. Aucun pays ne parvient à le maîtriser. On peut bien sûr abattre dans la rue des dealers de drogue sans autre forme de procès, comme le président des Philippines aurait apparemment coutume de le faire, mais vivons-nous encore dans un État de droit humain ?

Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Une approche aussi cruelle est-elle d’ailleurs efficace ? Je n’en sais rien et je me permets d’en douter. Je pense qu’en tant que société, nous avons à nous poser des questions tout autres. Les solutions brutales n’ont aucun sens et provoquent des souffrances indicibles.

J’ai obtenu mon diplôme en 1981 et j’ai immédiatement commencé à travailler comme médecin généraliste à Bruxelles, un choix délibéré. Dans les années 1980, les usagers faisaient l’objet d’une politique assez répressive, tout comme les médecins qui prescrivaient de tels produits. Plusieurs médecins ont ainsi fini en prison parce qu’ils prescrivaient des dérivés de la morphine pour remplacer l’héroïne.

En tant que médecin généraliste, nous ne pouvions pas faire grand-chose pour les usagers de substances qui faisaient appel à nos services durant ces années-là. Entre-temps, nous avons également connu, dans les années 1980, l’épidémie de sida, à laquelle les usagers de drogues contribuaient eux aussi. On a commencé à accorder davantage d’attention aux dangers de l’usage intraveineux de drogues, en raison de la propagation des agents infectieux.

Il est dans l’intérêt de tous que cet aspect puisse au moins être pris en charge. Les mentalités ont évolué. Chaque pays a cherché sa propre voie. Nous avons compris que brandir un doigt moralisateur ne servait à rien. Dans plusieurs pays, des initiatives ont été mises en place pour assurer une délivrance contrôlée de médicaments, ce qui a amélioré la situation sanitaire des personnes concernées et, en fin de compte, de l’ensemble de la société.

Aux Pays-Bas, on avait notamment les célèbres — et tristement célèbres — bus de méthadone, qui constituaient un moyen d’apporter le produit jusqu’à l’usager dans des conditions contrôlées, avec, je dois le dire, une politique relativement exigeante à l’égard de celui-ci.


Aucun commentaire n’a encore été publié !

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Contributions récentes