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Addiction : anesthésie

Addiction : anesthésie

Quoi qu’il en soit, une relation d’être humain à être humain finit par s’établir lorsque l’on se rencontre régulièrement pendant des années, comme cela a été le cas avec de nombreux consommateurs que j’ai accompagnés au cours de ma carrière. Si les gens n’éprouvent pas le besoin d’une psychologisation à outrance, il faut aussi respecter cela et ne pas trop intervenir. C’est sans doute différent pour ceux qui cherchent avant tout, dans la consommation, à soulager une douleur qu’ils ressentent.

Ce type de consommation peut très bien se poursuivre pendant de nombreuses années, tout en restant lié aux performances à fournir. Ce n’est que lorsque celles-ci disparaissent pour une raison ou une autre qu’on peut les convaincre d’arrêter ou leur ouvrir d’autres perspectives. D’un autre côté, il peut aussi arriver que les performances soient sans cesse poussées plus loin, avec une dérive de la consommation dans leur sillage.

À un certain moment, une telle escalade dérape, parce qu’on se heurte aux limites de l’organisme et qu’il n’est alors plus possible d’en exiger davantage. On observe cela également dans le sport. Autrefois, nous voyions encore des addictions insensées chez les cyclistes, avec notamment de très fortes doses de stimulants, parmi lesquels les amphétamines. Aujourd’hui, cela est devenu rare, telle est mon expérience.

La question est de savoir ce qu’ils feront après la fin de leur carrière. Beaucoup arrêteront, mais d’autres continueront, probablement parce qu’une forme de souffrance psychique entretient leur dépendance. Ils appartiennent alors sans doute au type suivant, celui de personnes qui cherchent surtout à soulager la douleur. Personne n’aime souffrir et ceux qui souffrent de douleurs chroniques, disons de longue durée, se tournent nécessairement vers des substances qui apportent un soulagement.

La douleur dont il est question peut être aussi bien physique que psychique. Commençons par la première. Il existe évidemment déjà de nombreux patients qui souffrent réellement, chaque jour, de douleurs épouvantables. Prenons les victimes d’accidents de la circulation graves qui restent paralysées, souvent avec des douleurs rebelles difficiles à traiter. Ou pensons aux patients atteints de cancer chez lesquels le traitement causal a échoué.

On ne pourrait tout de même pas refuser à ces personnes qui souffrent les produits susceptibles de rendre leur douleur supportable. Si elles utilisent chaque jour des substances narcotiques, nous ne pouvons que regarder ces situations avec compassion. Mentalement, nous classons ces cas à part de ceux qui utilisent les mêmes produits, mais que nous rangeons alors sous la catégorie de consommateurs de substances. Cette distinction mentale est la règle, et c’est ce que font la plupart d’entre nous.


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