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Double rondeau de l’aveugle

Double rondeau de l’aveugle

Les yeux grands clos

Je ne l’ai pas vu, aveuglée d’amour,
J’ai aimé l’homme qu’il ne fallait pas.
Tombée dans le piège les yeux ouverts,
Privée pourtant de toute clairvoyance,
Clouée, liée, prise sans retour.

Par l’œuvre d’un enfant du diable un jour,
D’un misérable être sans détour,
Monstre mauvais qui m’a vidée entière.
Je ne l’ai pas vu.

Comme un insecte au regard devenu sourd,
Perdue dans un labyrinthe de jours,
Dépouillée de toute conscience,
J’ai foncé droit dans la toile immense.
Aveuglée d’amour malgré le jour,
Je ne l’ai pas vu.

Je ne l’ai pas vu.

Je ne l’ai pas vu, et sous mes yeux mêmes
Il m’aspergea lentement de son venin,
Puis brutalement et avec adresse,
M’enveloppa de ses fils sans tendresse.
Il a sucé mon sang jusqu’à la moelle.

Il a volé, trahi, menti sans cesse,
M’a dépouillée, plumée de mes richesses,
Et moi, les yeux ouverts, aveugle quand même,
Je ne l’ai pas vu.

De plein gré je marchais vers le piège extrême,
Privée de toute lucidité suprême,
Et pourtant je l’aimais avec tendresse,
Cet enfant d’enfer sans cœur ni faiblesse,
Car aveugle malgré les yeux ouverts,
Je ne l’ai pas vu.


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