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Addiction : stade terminal

Addiction : stade terminal

Chaque année, 7 000 à 8 000 Belges développent un cancer du poumon. En tant que médecins généralistes, nous voyons aussi très souvent ce que l’on appelle le poumon du fumeur, connu sous l’abréviation officielle de BPCO, issue du terme anglais Chronic Obstructive Pulmonary Disease.

Chronique signifie de longue durée et l’obstruction est ce qui se produit dans les voies respiratoires lorsqu’une personne fume : un rétrécissement de ces petits conduits pulmonaires par lesquels l’air doit passer à chaque respiration.

La prévalence de la BPCO aux Pays-Bas est de 20 personnes sur 1 000 habitants, ce qui correspond à 320 000 patients atteints de BPCO. Chaque année, environ 6 000 personnes meurent de la BPCO. Cela représente environ 4 % du total des décès chez nos voisins du Nord. Il n’en va pas très différemment en Belgique, si l’on en croit le site Internet d’une mutuelle. À l’heure actuelle, au moins 700 000 personnes souffrent de BPCO en Belgique. Parmi elles, 150 000 présentent une forme sévère.

Les chances de survie en cas de BPCO sévère ne sont pas meilleures que celles du cancer du poumon. Pourtant, le cancer du poumon reçoit beaucoup plus d’attention. En raison du vieillissement de notre population, le nombre de patients atteints de BPCO augmentera encore considérablement à l’avenir. En 2020, elle sera probablement la troisième cause de décès, après les maladies cardiovasculaires.

Le lien avec l’addiction est évident : continuer à fumer alors que l’on constate que cela n’est pas bon pour soi. Le cancer du poumon ressemble un peu à une loterie : il existe une possibilité de l’attraper, mais ce n’est certainement pas garanti. Dans le cas de la BPCO, en revanche, il s’agit d’une dégradation progressive qui peut être mesurée objectivement au moyen d’un examen spirométrique. C’est l’appareil dans lequel vous devez souffler afin de mesurer la quantité d’air qui entre et sort de vos poumons à chaque respiration.

Voilà donc ce qui est étrange : tant de morts et de souffrances sont la conséquence d’un comportement humain qui se poursuit, même si la personne concernée connaît parfaitement les conséquences et les sombres perspectives.

En tant que professionnels de santé, nous nous retrouvons souvent impuissants face à de telles situations. On ne peut pas recourir à la violence pour faire cesser cela. En fin de compte, chaque individu est libre dans son comportement. Nous n’avons pas mandat pour intervenir de manière autoritaire, mais cela reste déconcertant. Il s’agit parfois des mêmes patients qui souffrent de BPCO et du syndrome de Korsakoff. Il y a souvent des lésions organiques à différents niveaux, causées par un comportement qui s’est poursuivi pendant des années.

Et pourtant, ils restent en vie malgré tous les dommages causés par l’alcool et la nicotine. Ce sont les survivants d’un massacre qui en a emporté beaucoup d’autres. À mesure que je vieillis en tant que médecin généraliste, ma patientèle vieillit elle aussi. Je vois ceux qui sont encore là. Au fil des années, beaucoup nous ont quittés. Dans le domaine de l’addiction, certains sont morts très jeunes.

Dans le monde de la musique, cela saute particulièrement aux yeux : certains meurent jeunes tandis que d’autres, malgré tout, vieillissent. Nous pouvons en apprendre beaucoup. Il s’agit souvent de personnes très sensibles qui possèdent un don particulier qu’elles peuvent exprimer, dans la musique par exemple, mais cela existe aussi dans d’autres domaines.

Chez les musiciens, c’est particulièrement poignant, parce qu’ils sont essentiellement des poètes eux aussi. On trouve beaucoup de choses à lire dans leurs épanchements poétiques. Ce sont souvent des personnes spirituelles qui succombent aux conséquences les plus néfastes de l’addiction.


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