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Addiction : première ligne

Addiction : première ligne

Je n’étais heureusement pas le seul à voir le danger d’une initiative gouvernementale qui menaçait de porter atteinte à des droits fondamentaux. Ce rapport parlementaire me paraît être un beau document historique qui montre également à quel point les mentalités ont changé, à un rythme différent en Flandre et à Bruxelles. Finalement, l’utilité du médecin généraliste dans l’accueil et le traitement à long terme des personnes dépendantes à l’héroïne a tout de même été reconnue.

De loin, la plupart d’entre eux sont le mieux à leur place en première ligne. Ce qui distingue le médecin généraliste des autres disciplines, c’est l’approche globale, intégrale et totale des problèmes de santé, surtout lorsqu’ils sont imbriqués les uns dans les autres comme dans le cas des problèmes graves de dépendance. Nous pouvons nous attaquer simultanément à différentes couches du problème.

Nous occupons à cet égard une position unique dans le cadre des soins et de l’aide, et nous remplissons une fonction charnière dans la gare de triage de la médecine. Dès que vous avez en traitement quelqu’un dont vous savez qu’il reviendra chercher une prescription, vous pouvez également entreprendre toutes sortes d’autres démarches qui se révéleront utiles. Nous pouvons par exemple dépister des maladies infectieuses telles que le sida, la syphilis ou les hépatites B et C, les traiter nous-mêmes ou orienter le patient de manière ciblée, selon leur gravité.

Autrefois, bien davantage qu’aujourd’hui, nous avions affaire à beaucoup de consommation de drogues par voie intraveineuse, l’héroïne ou d’autres substances étant directement injectées dans la circulation sanguine. Nous sommes en 2020 au moment où j’écris ceci. J’ai commencé vers 1994. Je vois encore aujourd’hui des patients de cette époque. Cela signifie qu’il existe une patientèle qui, depuis un quart de siècle, se présente à intervalles réguliers afin de poursuivre son traitement.

Ce sont en général des gens devenus très calmes, qui ne feraient de mal à une mouche et sont parfaitement intégrés dans la société. Ce sont aussi les patients les plus fidèles qui soient, parce qu’ils sont devenus dépendants des soins. Ce qui est tout de même un fameux casse-tête. Tout n’a pas encore été dit à ce sujet et j’y reviendrai.

Ce qui compte, c’est qu’au fil des années, un lien solide se crée presque à votre insu et que vous avez besoin de très peu de mots pour vous comprendre. Pour beaucoup, l’offre d’un traitement de substitution à la méthadone a fait une énorme différence dans leur vie, avec un effet impressionnant sur leur intégration sociale et leurs possibilités d’épanouissement personnel.

La grande différence est que nous avons abandonné le sevrage comme objectif ultime, parce qu’il est souvent illusoire de vouloir l’atteindre lorsque tant d’autres éléments réclament notre attention. C’est pourquoi la théorie de la réduction des risques mérite tous les éloges : elle attire notre attention sur tout ce que nous pouvons effectivement faire pour améliorer le sort de la personne qui sollicite de l’aide tout en continuant à consommer, et cela peut s’avérer particulièrement efficace.

Cette voie mènera plus rapidement au rétablissement et à la guérison que la volonté acharnée de faire cesser la consommation. Nous nous proposons, dans ce livre, d’examiner un certain nombre de problèmes et la manière de les aborder.


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