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Addiction : crise des opioïdes

Addiction : crise des opioïdes

La dépendance aux dérivés de l’opium est, aux États-Unis, une maladie mortelle qui fait de nombreuses victimes, davantage que les accidents de la circulation, par exemple, et même davantage que l’usage des armes à feu, qui constitue pourtant un problème plus important en Amérique que chez nous. Au cours des dix dernières années, ils ont connu une forte augmentation de l’usage et du mésusage d’antalgiques puissants de la classe de la morphine, suivie d’une vague d’augmentation de l’usage abusif d’héroïne.

C’est la peste et le choléra réunis. Pour commencer par ces antalgiques, ils ont été mis sur le marché par l’industrie, souvent à partir de molécules assez classiques comme l’oxycodone, l’hydrocodone, le fentanyl et, dans une moindre mesure, le tramadol, qui sont proposés sous une autre forme et exercent ainsi une action rapide et puissante. Nous devrons encore parler du fentanyl.

Dans les années 1990, l’industrie pharmaceutique est parvenue à mettre sur le marché de nouveaux opiacés puissants — et extrêmement addictifs. Les techniciens ont fait leur travail et ont imaginé de nouvelles formules ou d’autres molécules. Or, il fallait les vendre, et ils ont été écoulés avec aisance et à toute vitesse en ciblant les médecins, les pharmaciens et aussi les patients au moyen de messages publicitaires habilement conçus.

On peut bien dire que la vente de ces produits ne déçoit pas les actionnaires. Pour ne rien arranger, on observe également, avec un certain retard, une forte augmentation de la consommation illégale d’héroïne, ce qui constitue par définition un usage abusif, du moins en termes juridiques. Je ne porte là-dessus aucun jugement moral, mais les chiffres me font tout de même frémir. Avec cinq pour cent de la population mondiale, les Américains consomment environ 80 % de la production mondiale annuelle d’opioïdes.

Le pays compte 2,5 millions de personnes dépendantes aux opiacés (2017). Le problème s’aggrave depuis vingt ans, mais il semble ne pas émouvoir l’opinion publique à la mesure de son ampleur. De temps à autre, on assiste à un regain de volonté politique, surtout en période électorale, car c’est alors le moment de promettre une approche musclée, ce qui, par le passé, a chaque fois conduit à des résultats consternants qui n’ont fait qu’aggraver encore la catastrophe.

Ce n’est pas l’œuvre du diable, mais bien celle du capitalisme débridé qui cherche ici à gagner de l’argent. En Amérique, devenir rapidement riche est considéré comme quelque chose de souhaitable. Apparemment, on ne peut pas être mauvais si cela rapporte. C’est un raisonnement cynique, mais c’est bien ainsi que les choses fonctionnent.


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