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Les bunkers de la Collection Feuerle

Les bunkers de la Collection Feuerle

Puisque je parle de la Feuerle Collection à Berlin, je voudrais également attirer l’attention sur la tension esthétique et intellectuelle particulière qui y est suscitée. Une tension née d’une combinaison inattendue et remarquable d’éléments. Des statues et des œuvres d’art qui semblent entretenir entre elles, et avec l’espace lui-même, une sorte de conversation silencieuse.

Dans la première grande salle du bunker se trouvent les anciennes statues khmères, à l’aura sensuelle. Les sculptures présentent le typique sourire énigmatique khmer : une large bouche étrangement incurvée, des torses à peine esquissés, et une peau qui — pour ainsi dire — demeure à nu. Soigneusement conservées. Elles dégagent une certaine fraîcheur et remplissent l’espace sombre et bétonné de l’ancien bunker d’une fierté monumentale. L’exposition présente la culture orientale comme sensible, sensorielle et raffinée. Même l’encens cérémoniel, bien qu’il ne fasse pas partie du programme, s’inscrit dans cette image. Dans la deuxième salle, nous voyons des meubles chinois laqués. Ce sont des œuvres artisanales traditionnelles et fragiles, confrontées ici à quelques pièces modernes d’origine asiatique, comme les photographies légèrement déformées d’une photographe japonaise.

Et tout cela dans un espace qui pèse de tout son poids. Littéralement, à cause de tout ce béton — mais aussi symboliquement, à cause de sa charge historique. Le bâtiment fut conçu à des fins militaires et, grâce à une approche architecturale minimaliste, ramené à son essence : noir du sol au plafond, avec des piliers et des murs nus. Froid.

Les anciennes statues douces et nues rencontrent la nudité dure du béton, qui est lui-même un document — dans une ville plus que toute autre imprégnée de l’histoire du XXe siècle.

Le jeu de la juxtaposition, le choc des éléments qui, ensemble, projettent une lumière nouvelle : c’est aussi ce que je cherche moi-même à atteindre avec mon site. En plaçant côte à côte des auteurs et des œuvres personnelles, dans l’espoir que de cette confrontation naissent des idées et des intuitions.


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